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    L’EVOLUTION DES TECHNIQUES DE LA CONTREBASSE FRANCAISE,

    PAR QUELS CHEMINS ?

     

    A propos de l’article dans la revue "Rubato" d'octobre 98 "la contrebasse, un violoncelle alto ? _ ".

    Cet article voudrait proposer une stratégie d’évolution pour tout contrebassiste aimant son instrument, et désirant se perfectionner à l’heure actuelle. Pour aborder le sujet d’une manière simple et claire, et pour employer un terme à la mode, il veut démontrer qu’une démarche "systémique " est la meilleure et la plus enrichissante. Au bout du compte, cet article s’adresse à tout le monde de la contrebasse, professeurs et élèves, professionnels et amateurs, et décrit quelle pourrait être, selon l’auteur, la démarche de chacun d’entre nous tout au long de sa vie consacrée à la contrebasse. .

    Dans une optique de pédagogie la plus complète possible pour nos élèves, et pour se forger une solide technique soi-même, nécessaire à tout poste dans un orchestre, et surtout par passion pure, il est nécessaire, une fois les premières bases acquises, d’éprouver le besoin d’étudier jeune, et même moins jeune si on n’en a pas eu le temps, le plus de "systèmes techniques" possible, en France, à l’étranger.

    Cette démarche doit être considérée comme normale et logique, sans crainte de perdre ce que l’on sait déjà, (car un réflexe acquis le reste à jamais), mais plutôt avec une soif d’apprendre du nouveau (acquérir d’autres réflexes qui viendront enrichir nos possibilités, supplanter quelques anciens s’ils sont meilleurs). De plus, il est évident qu’il faut éviter de s’enfermer jeune dans d’éventuelles manies dont nous ne nous apercevons même pas ou plus, mais au contraire ouvrir ses oreilles et son imagination pour forger ses préférences à partir d’un éventail plus large.

    Il existe pour cela d’heureuses initiatives de luthiers, archetiers, professeurs, qui organisent des stages internationaux et des festivals dans le monde entier, et notamment en France, qui ne ménagent pas leur temps pour trouver des moyens de financement et d’organisation, et qui créent des lieux de rencontres extrêmement enrichissant pour tous.

    Il nous viendra naturellement ensuite, avec le temps et un recul d’âge suffisant, sans vouloir avantager ni Pierre ni Paul, et sans intérêts de relation quelconques, le besoin d’effectuer une synthèse. De nouvelles idées nous viendront même, des innovations techniques de notre cru, des re-formulations pédagogiques, et nos nouvelles interprétations musicales s’émanciperont, car la méthode de formation suivie, riche et cosmopolite, aura contribué à ouvrir notre personnalité et notre imagination, plutôt qu’à l’étouffer et à lui ériger les interdits restrictifs dus parfois à une(in)formation trop mono-système.

    Le véritable progrès ne peut donc procéder que de la synthèse, et d’ailleurs, ainsi va la société : Les générations plus anciennes hissent sur leurs épaules les générations nouvelles en leur faisant bénéficier de leurs propres synthèses, et l’on va ainsi de synthèses en synthèses. Il s’agit là d’une notion vitale de l’humanité.

    .

    Ainsi donc, au moment de nos études, pour réussir une synthèse porteuse d’avenir, il est important de ratisser le plus large possible, et les bons professeurs d’âges mûrs, les plus connus comme les moins connus, les plus extravertis comme les plus discrets, ne manquent pas et ont tous des qualités différentes.

    Il faut d’ailleurs distinguer plusieurs types d’enseignants : certains professeurs représentent une seule vision, héritiers d’une seule lignée et portent une pure tradition de style ainsi qu’une stabilité technique ayant fait ses preuves. Cet aspect authentique est un trésor du point de vue du patrimoine, et il faut le conserver et le considérer comme tel.

    D’autres ont déjà innové et ont fait de nouvelles recherches, avec une vision différente. D’autres encore, un peu plus jeunes, sont déjà en train de prendre le meilleurs des deux précédents.

    Pour l’élève, comment être certain si les recherches poursuivies par les uns et les autres sont bonnes, pour s’ajouter à l’ensemble de la pédagogie, la technique d’archet, la main gauche, la musicalité ? Doivent-elles remplacer ou s’ajouter comme d’autres possibilités à des principes sûrs déjà établis ? 

    On peut constater qu’à l’intérieur d’une génération, peu de tables rondes sont organisées pour mettre en commun et apprécier les recherches de chacun. Si c’est le rêve de certains, l’orgueil des autres et le manque de temps ne le permet pas. A quand la création de l’ONU de la contrebasse ? !. Il faut reconnaître que remettre en question ses propres recherches par celles des autres, partager, accepter, tout cela n’est pas facile pour chaque collègue contemporain, mais plus facile pour l’élève par rapport à ses professeurs.

                                                  

    Et pourtant, pour ne pas se tromper, il faut s'efforcer d'être très logique, ne pas édifier ses essais en axiomes tant qu’ils n’ont pas fait l’unanimité, ne pas brûler sur le bûcher les autres chercheurs sur des prétextes futiles et intolérants (personne n’est parfait, et il faut s’intéresser aux qualités des gens, non à leurs défauts), en un mot, essayer de convaincre, mais laisser chacun libre de de sa pensée, tant pour l’élève que pour le professeur.

    La paix (= bonne synthèse), encore un idéal illusoire ? L’histoire montre que les générations ultérieures réussissent, après coup, hélas, la synthèse des générations passées.

                                                                copyright © Thierry Barbé2002, tous droits réservés .