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LA CONTREBASSE : UN VIOLONCELLE ALTO ? .LA SAGA DES ÉVOLUTIONS ACTUELLES.
Article paru dans la revue "rubato " octobre 1998 par T.Barbé.
Historique.
Malgré une facture bi-dimentionnée par rapport à la basse, la contrebasse encore parfois si peu connue a toujours eu d’ardents promoteurs, tant au niveau des compositeurs que des interprètes. Successeur de la contrebasse de viole, elle connaît ses premiers virtuoses à la période classique sur des concerti de Sperger, Vanhall, Pichl, Hoffmeister(vous pouvez entendre en cliquant sur le lien un extrait de son deuxième quatuor pour contrebasse solo, concert par T.Barbé et les professeurs du CNR de ST-MAUR en janvier99), Dittersdorf, Haydn, Mozart, et son rôle à l’orchestre devient plus indépendant dès le début de la période romantique avec Beethoven et Berlioz, pour ne citer que les plus connus. L’école allemande, très "symphonique ", a développé une très solide technique d’orchestre au XIX° siècle (Wenzel Hause est à la source de notre technique de doigtés), tandis que l’Italie "belcantiste " a fait plutôt surgir des virtuoses solistes comme Dragonetti et Bottesini. La France, résolument tournée vers le ballet et l’opéra n’a eu une véritable école que tardivement. Elle est voisine en conception de l’italienne, et issue de la technique du violoncelle, puisque souvent en l’absence de contrebassistes purs, le rôle très important du 16 pied était assuré par des violoncellistes reconvertis.
Le retard de son émancipation dans le monde de la musique vient du fait que ni la forme, ni la taille, ni l’accord, ni l’archet n’ont été unifiés au départ, et il faut bien avouer que rien n’est encore fixe aujourd’hui.
Les formes varient à l’infini selon les recherches des luthiers entre celle de l’ancienne viole de gambe, celle du véritable "meuble " qui consiste à multiplier par un même nombre les proportions du violoncelle, et celle identiques, mais recoupée dans la partie supérieure pour une meilleure accessibilité dans l’aigu (forme poire ).
écoute:
sonate d'Eccles,1er mouvement en Real.Audio.G2 (par T.
Barbé)
L’accord parti au XVIII° siècle de celui de la viole(concerto de Dittersdorf, la, ré, fa#, la, accord viennois) c’est stabilisé sur 4 cordes accordées en quartes(mi la ré sol), bien qu’il existe encore aujourd’hui un club de défenseurs de l’accord en quinte:
http://www.joelquarrington.com/
On distingue l’archet allemand, doté d’une hausse très haute qui épouse la largeur de la main placée ainsi que le bras en dessous de la baguette, ce qui donne avec le pouce situé au-dessus un rapport de pression phénoménal sur la mèche, mais qui place la contrebasse en marge de la famille des cordes. L’archet français, lui, est tout simplement un gros archet de violoncelle(mais plus court en proportion), et se tient de la même manière. Il est pratiqué en Italie, France, Angleterre et en proportion de moitié avec l’allemand dans le reste du monde.
Évolutions actuelles.
La contrebasse est maintenant émancipée comme l’alto. Nous pouvons la considérer comme un violoncelle alto, car elle apporte dans les mêmes tessitures plus de chaleur et de profondeur, et d’autre part, les interprètes parvenus à maturité savent personnaliser leur beau son vibré de la même manière. La forme poire semble plutôt destinée au jeu soliste ( concerti, sonates, pièces contemporaines), alors que la forme violoncellée convient plus à l’orchestre et au jazz, car plus puissante en harmoniques graves.
En France, notre jeu est extrêmement timbré c’est à dire que dans une phrase chantée, l’archet est toujours bien impliqué dans la corde afin de réaliser un étroit mariage avec la main gauche, en quelque sorte un soutient mutuel. Pour les notes marcato, "l’impression " ponctuelle de l’archet est obligatoire pour ne pas rater l’attaque du son. Cette caractéristique est la principale difficulté par rapport au violoncelle, plus facile à faire sonner. Les coups d’archet légers comme le sautillé sont par ailleurs les mêmes, mais plus proches, voire dans la corde.
Nous devons donc, plus qu’à d’autres instruments, utiliser le poids de notre bras, et cela en le faisant soutenir par la pronation de notre avant-bras, représentée par notre pouce qui se sert de l’archet comme d’un levier pour soulever tout le poids situé au dessus de lui et le transporter sur la corde, dès que nous nous éloignons du talon. Nous rejoignons ainsi le principe de l’archet allemand tout en conservant les mêmes phrasés et coups d’archet que notre famille.
Nous enseignons la contrebasse à partir de l’âge de sept ans (sur des huitièmes de CB), et il est fabuleux de constater l’aisance des enfants qui grandissent avec leur instrument. Le répertoire a beaucoup évolué tant en pièces contemporaines qu’en transcriptions et arrangements de toutes sortes, et ce qui est intéressant, c’est qu’il est vierge, libre, ouvert à toutes les idées, original. Ainsi donc, le contrebassiste se révèle bien souvent être un artiste hors du commun plein de ressources et s’intéressant à beaucoup de choses. En tout cas, nous pouvons toucher à toutes les musiques, et nous ne nous en privons pas.
Voilà pourquoi nous aimons notre fabuleux instrument.
copyright © Thierry Barbé2002, tous droits réservés .